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Toshiba mise sur son usine française

Installée à Dieppe (Seine-Maritime), la seule usine de Toshiba en Europe s’apprête à accueillir une fabrication de toner couleurs. Le japonais avait choisi Dieppe pour sa production de toner noir, qu’il n’avait pas voulu transférer en Chine, contrairement à l’assemblage de photocopieurs, son premier métier en Haute-Normandie.

Installée à Dieppe (Seine-Maritime), la seule usine de Toshiba en Europe s’apprête à accueillir une fabrication de toner couleurs. Le japonais avait choisi Dieppe pour sa production de toner noir, qu’il n’avait pas voulu transférer en Chine, contrairement à l’assemblage de photocopieurs, son premier métier en Haute-Normandie.

Et maintenant la couleur ! Le groupe japonais Toshiba Corporation se prépare à investir près de 3 millions d’euros dans une première ligne de production de toner couleurs dans son usine de Dieppe (Seine-Maritime), annonce Alain Verna, directeur général de Toshiba TEC Europe Imaging Systems, à l’usinennouvelle.com. Le site normand, qui réalise 33 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 232 salariés, était jusqu’à présent spécialisé dans la fabrication de toner noir pour photocopieur. L’encre en poudre est embouteillée en cartouches pour le marché européen et expédiée en vrac vers une usine chinoise du groupe qui la conditionne en cartouches pour le reste du monde.

La future ligne de toner couleurs va pallier la saturation en capacité de l’usine américaine du groupe Toshiba, dans le Dakota du sud, qui fabrique l’encre couleur pour le monde entier. La production, destinée au marché européen, devrait démarrer en 2015 après huit à dix mois de mise en place des équipements et outillages. Cette nouvelle production conforte une usine devenue l’unique usine du groupe Toshiba en Europe Analyse.

Au commencement, l’assemblage de photocopieurs ….

En 1986, Toshiba s’est implanté à Arques-la-Bataille dans la région dieppoise pour assembler des photocopieurs, dans le cadre d’une joint-venture avec Regma, une filiale du groupe Rhône Poulenc. Il fait ensuite construire un bâtiment de 20 000 mètres carrés à Dieppe. "L’Europe du photocopieur commence à Dieppe", dit une affiche de l’époque. Cette usine, équipée pour produire 100 000 photocopieurs par an, ne dépassera jamais la barre des 60 000 machines.

En 1993, le groupe Toshiba prend une décision qui va contribuer à assurer la pérennité du site. Il investit 15 millions d’euros dans une unité de production de toner noir à Dieppe et spécialise son usine américaine dans le toner couleur. Toshiba investit par la suite dans deux lignes de toner supplémentaires à Dieppe, soit à chaque fois, plus de 3 millions d’euros. Le toner assure aujourd’hui les deux tiers du chiffre d’affaires de l’usine et emploie la moitié de l’effectif.

Pas d’usine de toner en Chine

Le groupe Toshiba n’a jamais revu sa stratégie concernant la fabrication de toner en Europe ou aux Etats-Unis. "C’est une industrie de process et non de main d’œuvre qui nécessite des investissements lourds et des savoir-faire que le groupe n’a jamais souhaité transférer en Chine", explique Alain Verna. La recette de fabrication du toner - poudre fabriquée à partir de résines - s’apparente à un secret aussi bien gardé que la formule du Nutella de Ferrero !

La mondialisation va amener le groupe Toshiba à repenser sa stratégie en matière d’assemblage de photocopieurs. En 2000, alors que la Chine s’impose comme l’atelier du monde, les fabricants japonais partent tous, comme un seul homme, fabriquer sur place. Alors que les coûts de production sont très défavorables à l’usine normande, les dirigeants de l’usine dieppoise se disent qu’ils pourront sauver l’activité d’assemblage en achetant des sous-ensembles en Chine et en conservant à Dieppe l’assemblage final. "Ce combat défensif était le dernier combat en termes d’assemblage", se souvient Alain Verna.

En 2007, la direction du groupe Toshiba décide l’arrêt de l’assemblage à Dieppe. L’usine assemble, à cette période, moins de 20 000 photocopieurs par an. Cette décision implique le licenciement de la centaine de personnes employée à cette activité. La direction du site propose alors un plan B qui consiste à basculer sur une activité de services et de logistique à forte valeur ajoutée.

Arrêt de l’assemblage de photocopieurs

Le transfert progressif mais inexorable des activités d’assemblage en Chine avait contraint le site dieppois à chercher de nouveaux leviers de croissance et notamment la configuration des photocopieurs à la demande. "Quand un client professionnel commande un copieur, tout est configuré à Dieppe à partir de la machine de base qui vient de Chine. La livraison est faite au client en trois jours", explique Alain Verna, évoquant un travail de "logistique industrielle à forte valeur ajoutée complémentaire de l’assemblage". Le site a, par ailleurs, fait l’acquisition de machines d’injection plastique pour fabriquer des cartouches de toner. Et il a développé des activités de reconditionnement de photocopieurs, de services informatiques pour les filiales commerciales européennes, de réparation d’ordinateurs portables Toshiba, ou encore de réparation de terminaux de points de vente pour la grande distribution.

Il abrite aussi une activité logistique d’entreposage, de gestion des stocks, de préparation à la commande, de distribution des pièces détachées et de réparation de tous les périphériques pour le marché français. Il abrite aussi un centre d’appels pour les clients. Les activités de service et de logistique représentent la moitié de l’effectif de l’usine aujourd’hui.

Usine flexible

Le site a aussi revu son organisation sociale, avec un accent mis sur l’implication du personnel et le fonctionnement des équipes en autonomie. Des clubs de partenaires sont mis en place pour que des opérateurs de Toshiba transfèrent des méthodes de travail à des sous-traitants. Dans le sillage de la crise de 2008 qui va obliger syndicats et direction à discuter des modalités du chômage partiel, l’usine va passer à une organisation du travail en deux équipes, au lieu d’une. Parallèlement, direction et syndicats signent un accord d’annualisation du temps de travail et une modification des horaires en fonction de l’activité. Le préavis est de 48 heures lorsque l’heure d’embauche est avancée. Il est de 24 heures lorsqu’elle retardée. Cette flexibilité est rendue nécessaire par l’absence de visibilité, estime Alain Verna. "Pour l’activité de toner, notre horizon est une semaine + 3. Pour notre activité de services, c’est du jour pour le lendemain."

Source : Usine Nouvelle - Claire Garnier – 07/03/2014