- Présentation d'Albert ROUSSEL (1869-1937).
« Epris d'évasion, mais surtout attiré par la musique, il cède d'abord à la première tendance et devint officier de marine. Il quitta bientôt (à 28 ans) cette carrière aventureuse pour se consacrer à sa véritable vocation. Mais il n'oubliera jamais "ce que la mer révèle de puissance et d'infini, de charme et de colère, de douceur et de force lorsqu'on la contemple". A la suite d'un séjour au "Vasterival" en 1920, il achète la propriété en 1922. Maison au curieux mélange d'austérité et de séduction qui semble concilier les tendances à la fois ascétiques et hédonisantes de son propriétaire. Dans ce cadre, inspiré par les poésies d'Henri de Régnier ("Jardin mouillé", "Rustiques et poèmes", "Poème de la forêt") et de René Chalupt ("Sarabande") le musicien tentera de faire revivre l'harmonie du paysage qui l'entoure en l'animant souvent de figures mythologiques de l'Antiquité occidentale ou orientale. Sa musique si suggestive et si variée réalise le paradoxe d'évoquer l'expérience extrême-orientale de ses jeunes années de marin mais aussi l'atmosphère de Vasterival "tant aimé, avec ses bois, ses près", tout en "s'affranchissant de tout élément pittoresque et descriptif et en demeurant à jamais éloignée de toute localisation dans l'espace". Son oeuvre est abondante et variée (en plus de la musique de chambre : des symphonies, poèmes symphoniques, ballets). En 1930, il se rend aux Etats-Unis pour la première audition de sa troisième symphonie (en sol mineur) qui lui avait été commandée par Koussevitky pour le 50e anniversaire de l'orchestre symphonique de Boston. Sa santé s'affaiblit vers 1935, il succombe à une angine de poitrine en 1937. Son tombeau au cimetière de Varengeville est un massif monument de bronze dont les trois faces représentent des motifs en relief de ces principales oeuvres : "Le Madrigal aux Muses", "Bacchus et Ariane", "Evocation", "Padmâvatî", "Khrishna", "Le Joueur de flûte". La quatrième face, celle qui est orientée vers le large, porte cette phrase dont il est l'auteur : "C'est en face de la mer que nous finirons nos existences et que nous irons dormir pour entendre au loin son éternel murmure". De nombreux artiste rendront visite à Albert Roussel : Claude Debussy, qui composa, entre autres, "La Mer" à la villa "Mon Coin" à Pourville ; Charles Conder, en 1893, qui décorera les villas du Prince Poniatowski et de Thaulow ; André Derain qui résidera deux étés dans l'ancien temple protestant de Vasterival. Après la mort d'Albert Roussel en 1937, sa propriété, à laquelle il était si profondément attaché, connut deux épreuves : non seulement elle fut moins entretenue, mais elle fut occupée pendant cinq années de guerre, au cours desquelles des mines furent placées et des obus entreposés dans le parc. Des opérations de déminage durent donc être réalisées vers 1955. Aussi la princesse Sturdza, lorsqu'elle en fit l'acquisition en 1957, prit-elle possession non pas d'un domaine normalement aménagé et habitable, mais plutôt d'une sorte de jungle parfois marécageuse, couverte de ronces, de broussailles, de fougères, au milieu desquelles on distinguait des saules et des aulnes, parfois de beaux chênes et de grands pins. »
LOUVET, Solange. GIVRY, Jacques. Mémoire de Varengeville et Vasterival. Les Loges-en-Josas : JDG publications, 1994. 110 pages, p. 51-52.
|